Et mon cœur écartelé a éclaté

Il est là, entré dans mon salon par une petite fenêtre, son air grave et sérieux oscillant avec une légère ironie.

Lorsque je le vois, son sourire effronté et pourtant doux me procure des frissons. Il me rappelle qu’il est capable du pire comme du meilleur. Il tue avec sang-froid et espère avec tendresse. De l’un à l’autre, un seul point commun : son caractère entier, forgé par des années passées au cœur d’un monde en guerre silencieuse et perpétuelle qui ne tolère pas la demi-mesure et pousse à des loyautés extrêmes. Et dans lequel la roue tourne sans se soucier de ceux qui ne suivront pas son rythme.

Il aurait pu ajuster son cœur, le faire ployer pour mieux subsister. Mais il n’en fait rien car au bout de son bras de tueur, il est comme au premier jour et indiscutablement amoureux. Malgré son masque indifférent, ses yeux le trahissent et je tremble pour lui à chaque fois que la crainte de céder fait ciller ses pupilles. Car, même si je sais que le seul barrage à la loyauté extrême est un amour aveugle et interdit, je n’ai que trop conscience que le monde qui le cerne, et s’apprête à le noyer, ne lui pardonnera pas.

Alors je le regarde, jour après jour, la peur au ventre, convaincue qu’il est bien trop pur pour survivre à son environnement nauséabond qui, lentement mais sûrement, referme ses griffes autour de sa vie.
Il n’est pas fragile et ne manque certainement pas d’expérience mais chaque pas qu’il fait l’amène plus près du désastre. Et j’ai un trop bon instinct dans ce domaine pour espérer me tromper. Mon impuissance me glace le sang. Je voudrais pouvoir lui dire qu’il ne sera jamais trop tôt pour fuir et ne jamais se retourner. Mais je me trouve face à un mur d’indifférence. Mes cris n’y changeront rien. Mon désespoir est mon fardeau exclusif et je me sens telle Cassandre à Troie.

Mon instinct se révèle juste, comme à chaque fois que je souhaiterais qu’il ne le soit pas. Il réalise la mission de trop, marquée par la trahison et l’avarice. Et la caisse, livrée à son employeur, je sais ce qu’elle contient avant que le moindre clou n’ait pu sauter.
Et mon cœur écartelé a éclaté.
Lorsque son visage absent apparaît entre les lattes de bois, je ne peux déjà plus le voir car les larmes m’ont aveuglée et que, dans un ultime sursaut de conscience, je voudrais m’être trompée et puis… tout oublier.

Mon amoureux vient me prendre dans ses bras, hilare de me voir dévastée (merci, hein).
Il éteint la télé et moi, au bout de… un peu de temps – je n’ose pas donner trop de détails sans risquer de compromettre à vos yeux ma santé mentale… – je réalise que, même si il ne déambulera plus le long de la promenade de l’océan, sur le bord de mon petit écran, quelque part, loin, Charlie Cox va bien et n’a pas réellement fini dans une boîte en bois.
De plus, au final aucun grief ne sera retenu contre Martin Scorcese car je me rappelle également que de toutes façons, je n’aime pas les histoires qui finissent bien. Le cœur a, après tout, ses raisons, que la raison ne connaît pas.

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