Les Adorés

Il y a des milliers de raisons d’avancer ou de reculer dans la vie et, parmi elles, les gens qui nous entourent, nous sollicitent, nous échappent ou nous soutiennent.
J’ai beau chercher le plus souvent la solitude dans mon travail, c’est pour moi un grand sujet de préoccupation. Peut-être parce que justement, le fait de resserrer ses cercles et d’avoir la possibilité -le luxe- de les choisir rend encore plus sensible à leur contact.
Il y a la famille, que l’on ne choisit pas mais que l’on peut clairsemer, les amis qui comprennent ou s’éloignent, les collaborateurs qui deviennent des êtres chers et les amours, tragiques ou libérateurs.

Moi, j’apprends les limites, les frontières subtiles qu’il ne faut pas dépasser et les murs invisibles que l’on heurte parfois trop tard et qui sont, si fins, si ténus dans un univers où il n’y a plus de limite entre le travail et l’être. Mais surtout, je vois avec plus de netteté à quel point, lorsque tout est mêlé, lorsque l’amour la tendresse et le travail peuvent cohabiter avec harmonie et bienveillance, c’est la vie toute entière qui s’élève. Ce sont des phénomènes rares qu’il faut savoir apprécier à leur juste valeur, ces instants où les protections n’ont plus lieu d’être, où l’on peut se confier les yeux fermés, où la création peut s’envoler sans être bridée.
Pour que cela soit possible, je veux arrêter de faire des concessions, de me donner des excuses, d’accepter d’être abusée, et ne pas avoir peur de tirer des traits sur ce qui me retient d’être moi-même. Sur ce qui me retient tout court.

Lorsque je songe à toutes les expériences relationnelles que j’ai déjà eu l’occasion de vivre, je me sens aussi vieille qu’un grand sage. Lorsque je songe au monde qu’il me reste à découvrir, je me sens aussi innocente qu’un nouveau né qui vient d’ouvrir les yeux.
Mais quoiqu’il arrive, je n’ai pas peur, car je me sens aimée et entourée par ces êtres précieux qui accompagnent ma route et pour lesquels je serai toujours là.

Ils sont, et seront là de plus en plus nombreux, non pas à travers des yeux mécaniques, mais à travers ma voix et mes yeux, esquissés comme la trace d’un souvenir immuable, afin que vous les voyiez tels que je les vois, tendrement.


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